Sylvothérapie…

Les arbres peuvent-ils nous soigner ?

Les recherches ont prouvé que passer du temps au contact de la nature avait des vertus bénéfiques pour la santé. Rien que la contemplation d’un arbre réduit le stress et améliore l’énergie.

La sylvothérapie, ou shinrin-yoku en japonais, est connue depuis bien longtemps au pays du Soleil-Levant. Prendre soin des arbres, les respecter, est courant pour les Japonais qui les considèrent comme dotés de pouvoirs incroyables et d’énergie bienfaitrice. Se soigner par les bains de forêt est donc pour eux une pratique médicale courante.

Comment cela fonctionne ? Qu’est-ce qui soigne l’humain quand il marche dans la forêt ? Le professeur Yoshifumi Miyazaki, médecin chercheur à l’université de Chiba, étudie depuis 25 ans ce que les arbres apportent à notre santé. Il raconte une expérience menée avec une étudiante.

L’expérience

Comme l’explique le professeur Miyazaki, l’étudiante est soumise à une série de tests pour observer comment son cerveau réagit à de simples évocations de la forêt.

Tout d’abord, il la fait asseoir et l’équipe de capteurs qu’il fixe sur son front ; ils vont mesurer l’activité de son cerveau préfrontal, c’est-à-dire l’endroit où elle décide, planifie et résout les problèmes. C’est également cette zone qui est mobilisée en cas de stress.

Le professeur projette alors une image de la forêt. L’étudiante visionne cette image en étant plongée dans le noir -pour qu’elle puisse se détendre et être en immersion. Pendant 1,30 min, elle observe calmement l’image de forêt. Sur son ordinateur, le professeur montre alors que l’activité cérébrale de l’étudiante diminue, ce qui confirme qu’elle est détendue. Une fois l’expérience terminée, le professeur observe que la courbe de son activité cérébrale remonte –c’est-à-dire son niveau de stress. Ainsi, une simple image de forêt permet de réduire le stress ; étonnant non ?

Mais ce n’est pas fini, le professeur réalise ensuite une deuxième expérience tout aussi intéressante. Cette fois-ci, il met en jeu l’odorat de l’étudiante. À l’aide d’un diffuseur placé juste sous le nez de la jeune fille, il va diffuser une odeur de feuilles d’arbres écrasées capturée à l’aide d’un sac spécial. Grâce à une pompe, il répand alors cet  »air de forêt » pendant 3 minutes, à raison de 3 litres d’air par minute. Avec cette odeur, même constat : l’activité cérébrale de l’étudiante chute. Elle explique d’ailleurs que, tout en étant dans cette petite pièce, elle avait en respirant les yeux fermés « l’impression d’être dans la forêt ».

Le professeur Miyazaki l’explique avec un petit sourire :  »Ça vous paraît bizarre, mais c’est logique. Cela fait des millénaires que les humains vivent au milieu de la nature et savent y évoluer. Quand on y réfléchit, cela ne fait que 200 ou 300 ans qu’on vit en ville. Et cette vie moderne nous demande beaucoup d’efforts d’adaptation et génère du stress. La nature, surtout la forêt, est tellement en nous qu’il en faut juste un peu pour que ça nous ramène à nos origines et nous apaise. » Suite à ses découvertes, le professeur a même pu expliquer scientifiquement les bienfaits de la thérapie forestière pour soulager les citadins toujours stressés suite aux stimulations incessantes de la ville.

La sylvothérapie

Depuis longtemps, les Japonais pratiquent la sylvothérapie ou bains de forêt. Comment ça fonctionne ? C’est simple, il suffit d’aller marcher dans la nature plusieurs minutes, voire plusieurs heures, afin de se ressourcer et d’améliorer son bien-être et sa santé. Au Japon, il existe même des guides, formés à la thérapie forestière, qui accompagnent les randonneurs en forêt.

Comme l’explique Shiguemi Saito, l’un de ces guides de la région de Tokyo, « ce qui compte, c’est d’être immergé dans la nature, dans la forêt (…), parce qu’ici on prend l’énergie des arbres grâce aux phytoncides ».

Kézako ? Les phytoncides sont des petites molécules qui émanent des feuilles et des aiguilles des arbres, et qui nous tombent dessus lorsqu’on marche en forêt. Invisibles, elles pénètrent par la peau et les voies respiratoires. Considérées comme des huiles essentielles émises par les arbres pour se protéger eux-mêmes, car elles contiennent des propriétés bactéricides et fongicides confirmées, ces particules bienfaitrices sont capables de renforcer nos défenses immunitaires.

La science a ainsi étudié qu’elles avaient un rôle extrêmement positif sur la santé humaine, notamment lorsque qu’elles sont produites par les pins maritimes, les peuplements d’eucalyptus et les forêts méditerranéennes claires, enrichies en plantes de la famille des Labiées (romarin, thym, maquis, sauge, myrte, lavande,…).

Les Japonais enlacent même les arbres lors de leurs sorties nature, afin de pouvoir profiter de leur énergie, communiquer avec eux et améliorer leur santé. Tous nos sens bénéficient  des bains de nature : voir du vert, toucher les plantes, sentir la forêt,… tout cela nous détend et améliore notre santé. Et cela se comprend, puisque pendant la majeure partie de notre existence dans l’histoire de l’humanité, nous avons été entourés de forêts !

À la lecture de ces informations, qu’allez-vous faire ce week-end, les amis ? Allez-vous programmer un beau et grand bain de forêt, histoire de (re)connecter avec votre « nature profonde » et d’apaiser votre corps et votre esprit ? De mon côté, je pars faire un tour dans le parc !

Robin COUDEVYLLE (La vie des plantes)